samedi 11 août 2007

Et, pour finir, de la torture, et un vrai repas Estonien [J+9]

Attention, je ne veux pas suggérer qu'un vrai repas Estonien est une torture; mais il y a quand même un lien (ténu et au mieux potentiel) comme on le verra. Toutefois, ne bouleversons pas la chronologie...

Comme il se doit, lors de tout voyage, il convient de consacrer une demi-journée au moins aux achats, histoire de rapporter un petit quelque-chose aux "gens". Tout ne peut pas se faire électroniquement. Justine a donc filé ce matin au Rimi tandis que, je le confesse, je travaillais (j'avais prévu de faire une petite sieste pour récupérer d'une nuit écourtée d'un bout par une insomnie, de l'autre par un réveil anticipé, mais il est difficile de se rendormir après un petit déjeuner). Nous nous retrouvâmes néanmoins pour un pique-nique dans un parc, malheureusement écourté par l'arrivée d'une bande de Russes, dont les éructations éthyliques nous chassèrent, puisqu'ils décidèrent de s'installer, en entreprenant de se racler le tréfonds de la gorge, à l'autre extrémité des marches qui nous servaient de banc.

Refusant de se laisser abattre, nous rejoignîmes, une fois de plus, le Honky Tonk Cantina, où je ne résistai pas à tester une autre des innombrables spécialités, une tortilla fourrée de fruits et caramélisée à la cannelle, accompagnée d'une cafetière d'un litre! Le bonheur, n'est-ce pas! Nous prîmes quelques photo, et Justine entreprit de me photographier pour de bon, ce qui amusa beaucoup un Italien francophone et compatissant, que son épouse mitraillait au même instant. J'immortalisai ensuite le barman derrière son comptoir, lui promettant de faire à son établissement une réputation flatteuse auprès de mes amis Français, ce que je suis justement en train de faire...

L'après-midi était déjà bien avancée. Nous avions pris notre temps pour rédiger les cartes postales, et appris du barman comment se dit "France" en estonien: Prantsusmaa (à vrai dire, nous nous le sommes fait écrire sur l'une des cartes, et nous avons ensuite consciencieusement recopié ce que nous y lisions sur les autres). La chaleur de l'après-midi eut donc raison de nos velléités de visite du Kumu. A la place, nous avons visité un musée des instruments de torture (présenté, sur le dépliant publicitaire, comme "médiéval", bien qu'il s'agisse, on s'en doute, de tortures d'Inquisition, comme la "Vierge de Nüremberg"). Le bâtiment valait bien qu'on y entrât rien que pour le voir (enfin, on n'en voyait qu'une salle, mais fort agréable).

Nous sommes ensuite retournés à l'hôtel, puis nous avons (habitude bien établie) fait une petite sieste. Enfin, nous sommes partis pour notre (dernière) véritable aventure: un dîner "typiquement" Estonien. Tout d'abord, le restaurant lui-même, le Eesti Maja, ressemble à un vestige de "l'époque": en sous-sol, on y accède par un escalier qui ne paye pas de mine, au pied d'une barre d'immeuble toute soviétique. L'intérieur est composé de plusieurs salles, de bric et de broc (nous avons eu une place dans cette salle-là, du côté de la fresque, juste à côté du lapin, mais on ne le voit pas bien sur la "visite virtuelle"). Bien que Justine ait voulu tener le boudin à la confiture de fraise (ou à la gelée de groseille, je ne sais plus...), nous nous sommes décidés pour un plat commun: "A Fellow Estonian" ["Teine eestlane"], du proverbe estonien (appris dans la carte du restaurant) qui veut que le meilleur dîner, pour un Estonien, soit encore qu'on lui serve... un autre Estonien! Mais qu'on se rassure (et c'est là le lien ténu avec les tortures), il n'est nullement question de se voir servi un pauvre Estonien démembré et rôti...

Sur un plat de grande taille (on pourrait manger à bien plus de deux) étaient dressés salade, légumes poêlés, pommes de terre sautées, beignets d'oignon, escalopes de porcs grillées avec des aromates, le tout agrémenté de fruits (poire, orange, abricot et prune) frais, le tout arrosé, comme il se doit, d'une gigantesque Saku. Une fois fait un sort au plat, restait un dessert: une coupe de fruits rouges, agrémentés de crême. Enfin, un café. Pour donner une idée de la délicatesse des Estoniens, notons que le café, qui n'est pas annoncé comme étant inclus, ainsi que le verre d'eau gazeuse (que nous avions demandé "en plus") nous ont été offerts, sans doute parce que la carte précisait que le repas était "complet"...

Au moment de payer, nous avons brièvement vu, sur une petite télévision, que la deuxième chaîne estonienne donnait, ce soir, Last Action Hero, et Justine payait la note quand Schwarzie, en Hamlet, allume son cigare et prononce "Not to be". J'avoue ne pas avoir, à ma grande honte, réussi à retenir le sous-titre en estonien...

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