mardi 7 août 2007

Suomenlinna [J+5]

Pleins d'ardeur ce matin, nous avons pris la route pour la forteresse maritime de Suomenlinna, un ensemble d'îles devant la rade d'Helsinki, sur lesquelles a été construite probablement l'une des plus belles villes de garnison au monde. Je sais, certains esprits chagrins se demanderont d'où me vient cet amour soudain pour la chose militaire, et particulièrement pour l'art des fortifications... Peut-être que l'invasion sus-mentionnée des Teutons quelques jours plus tôt a développé chez moi une certaine ardeur belliqueuse (à propos de l'invasion des Germains, j'en étais quand même venue à proposer la décimation, selon la bonne vieille coutume romaine qui veut qu'on exécute indifféremment un soldat sur dix dans la cohorte, en vue d'y rétablir la discipline. M'est avis qu'avec ça, les Allemands auraient moins fait les fiers, et qu'il serait resté du hareng au petit déjeuner!)

Bref, nous avons pris le bac jusqu'à Suomenlinna. Un peu d'histoire, tout de même, parce que je trouve que jusqu'à présent il a été beaucoup question de harengs et de maisons en bois dans ce blog, mais assez peu de culture (hormis, bien entendu, la visite à l'université d'Helsinki, où Emmanuel, au péril de sa vie, a pris des photos de lieux inconnus jusqu'alors...). La construction de la forteresse de Suomenlinna (le "Fort de Finlande", pour les incultes qui ne comprennent pas le finnois; et tant qu'on y est, soyons pédants, donnons aussi son nom en suédois, puisque c'est la deuxième langue officielle du pays: Sveaborg) a débuté en 1748 sous les Suédois, qui voyaient d'un mauvais oeil la puissance montante de la Russie tsariste voisine. Ils ont donc demandé à un certain Augustin Ehrensvärd (dont on peut d'ailleurs voir la tombe au milieu d'une jolie cour dans la forteresse, cf. la photo ci-dessus) de dessiner cette forteresse, pour la conception de laquelle ce jeune lieutenant-colonel s'est inspiré (cocorico!) de notre Vauban national.

Vous me direz, ça n'aura pas servi à grand-chose, parce qu'en 1809 la Russie s'est emparée de la Finlande, qui est devenue un grand duché de l'Empire russe. Comme quoi, on a beau se retrancher derrière des kilomètres de mur, quand les Russes ont décidé d'envahir quelque endroit, ils finissent toujours par y arriver (ils continuent jusqu'à maintenant, d'ailleurs, pas plus tard qu'aujourd'hui ils ont bombardé la Georgie).

Nous avons donc profité du soleil finlandais (si! si! j'insiste: il fait ici un temps à faire pâlir d'envie les pubs pour les vacances en Grèce et en Espagne) et fait une visite en règle des fortifications, avec visite des tunnels, repérage des coins les plus sombres et humides qui soient, et petites pauses sur les rochers au bord de la mer. A ce propos, je tiens à faire partager ici à ceux qui me comprennent mon amour de la station assise (ou debout, quand on n'a pas le choix!) face à la mer. Devant l'incompréhension d'Emmanuel, avec qui, donc, je ne peux pas partager ma joie, j'ai besoin de clamer à la face du monde qu'il n'y a rien que j'aime tant que rester à contempler la mer en entendant le bruit de l'eau qui vient se fracasser contre les rochers en contre-bas. Pour goûter ce plaisir, il faut qu'un certain nombre de conditions très précises soient réunies : d'abord, la mer, cela va de soi, ensuite des rochers, sur lesquels on puisse s'asseoir et aussi contre lesquels la mer puissent venir se jeter, puis un lieu relativement retiré, pour éviter les foules de touristes ou les familles traînant une marmaille fatiguée et braillarde, enfin une dose de vent adéquate. C'est peut-être là ce qui est le plus difficile à obtenir: ni trop (on ne tient pas sur son rocher, qui est souvent pentu et/ou escarpé) ni trop peu (on a l'impression de se tenir devant une soupe tiède et immobile, ce qui n'est pas vraiment propice à la méditation). Bref, vous l'aurez compris, je suis assez exigente en matière de point de vue face à la mer (vous aurez remarqué que je n'ai pas compté le beau temps parmi les conditions, parce que la mer est belle aussi sous la pluie ou par temps gris), et là, je dois dire que les conditions n'étaient pas mal du tout.

Après un pique-nique au bord de la mer, nous avons repris le bac pour rentrer sur la place du marché, où nous avions acheté le matin même un litre de fraises (eh oui, ici, les fruits rouges se vendent au litre) que nous avions immédiatement dévorées (et qui ne sont pas loin d'être les meilleures fraises que j'ai jamais mangées, même si sur ce point nos avis divergent, Emmanuel et moi). Nous avons d'ailleurs constaté avec surprise que les gens ici mangent les petits pois crus... Mais c'est une autre histoire, que nous vous raconterons plus tard.

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